Léo Chabrier [Népenthès N°1, Mai 2011]

Posté le 29 décembre 2011 par bernardlherbier dans Leo Chabrier

« Léo Chabrier dépeint un monde insensé avec cynisme, humour et émotion. De l’expérience alchimique à l’anéantissement des dieux de l’Olympe par la modernité en passant par le champagne et le haschich, il invite le lecteur à un recul lyrique face à l’épouvante ou à l’amour. Ce jeune poète de 22 ans représente son époque et la tradition homérique sans oublier le rap. »

(Fatrasies, recueil de poèmes, 2011)

Léo Chabrier [Népenthès N°1, Mai 2011] dans Leo Chabrier 320-231x300

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CLAMOR ROSEUS

 Puisses-tu connaître la joie…

 I : Vivre.

J‘ouvre. Le temps coula sur le champ des vertèbres,

Demoiselle d’ici qui vécut sans bonheur,

Pour t’incliner en vain comme penche une fleur

Qui, perdue en secret, fane dans les ténèbres.

.

Dis-moi, rose de suif, quel astre te berça

Dans ces premières nuits de clameurs et d’enfance

Par l’ogive blafarde à travers le silence

Et le verre allumé des vitres qu’il perça ?

.

Femme unique à mes yeux qu’ensevelit la guigne,

Pour entrevoir l’exil mon âme n’a que toi :

Mes mains ne s’amarrant qu’aux rives de tes doigts,

Mes lèvres ne pouvant qu’en embrasser les lignes.

.

Je ne recueillerai ni l’orgueil de mon front

Ni le souffre compact qui brûle ma poitrine

Au sein d’aucune femme, agressive ou câline,

Qui ne porte tes traits, qui ne porte ton nom.

.

Las des sentiments chus dans quelque désert ivre !

Je t’ai trop attendu pour ne pas t’enlacer ;

Lié par le collet des jours entrelacés,

Sans toi j’aurais perdu l’habitude de vivre.

.

Vivre ! Farce bouffonne au triste scénario

Qui se donne la fin pour seul coup de théâtre ;

Combattre pour s’aimer, ou s’aimer pour combattre…

Car nul n’a résolu l’atroce imbroglio.

.

Mais le moment d’aimer est venu, Stéphanie,

D’attendre ? D’espérer ? Ce n’est plus le moment,

Tu seras, à mes bras comme à mon sentiment,

L’Aphrodite Pandême  occultant l’Ouranie.

  II : Parler.

Dis-moi, rose, dis-moi, de ta bouche enfantine

Un peu de la douceur qui dort dans ton regard

Sous la chape ciliée, opaline de fard,

Sur l’océan amer des pleurs que je butine.

.

Dis ! Stéphanie, admet l’impudence d’un mot

Lové parmi ta langue et ta lèvre flanquée

D’un diamant. Dis le nom de ta peine planquée

Derrière le verrou, le charme et le plumeau !

.

Je te l’arracherai par la force des lèvres !

Avec ardeur ainsi qu’un viol respectueux,

Et tu tressailliras, trésor voluptueux

Qui m’illumine, avouant l’arcane de tes fièvres.

III : Dorloter.

Caresser tes cheveux noirs tels les nuits d’hiver ;

Chagrins, les enrouler autour de ma phalange,

Y découvrir alors l’arôme qui mélange

Tout l’orchestre des fleurs au soupir de la mer.

.

Comme à ta gorge ancrer un suçon écarlate !

Ah ! pouvoir embrasser totalement ta peau !

Il n’est aucun plaisir, de la crèche au tombeau,

Plus grand que d’effleurer d’un doigt ton omoplate…

.

Puis, enfin consolée, assume ton sommeil

Contre moi, sous les draps de soie et de lumière.

Presse-toi d’exposer l’ombre de ta paupière

A ton jeune amoureux, aux arches du soleil !

IV : Admettre.

Au gouffre ! Inadmissible est l’infini de sable

Égrainé sans raison par tous les sabliers !

Inadmissible est le tas des mots oubliés

Pour ne pas dire, au fond, ce dont on est capable.

.

Tu l’es : inadmissible. Admettre ta beauté

C’est sombrer, c’est mourir – oui : c’est quitter le monde !

Toi qui sais être belle autant que furibonde,

Et belle quand ta chair orne un cœur attristé,

.

Tu résumes l’amour dans ton humeur éparse

Qui rit et pleure ensemble… Attend ! Steph’, mes aveux

Ne sont pas au complet. Je t’aime ! Tu ne veux

Pas d’un valet, d’un roi, d’un frère et d’un comparse ?

  V : Rêver.

D’un allié ? J’aspire en rêve à ton parfum,

Et j’ai cueilli pour toi mille jasmins lunaires…

Aimer : ne voir que toi soit dans les luminaires

Soit dans les purs miroirs dont s’éclipse le tain.

VI : Partir.

Nous, seuls, aimants, chargés de remords et de songes,

Nous reprendrons la route amenant au bonheur,

 Le pied gérant une aile – et simples – la hauteur

Tapissera le sol en foulant les oronges.

.

Nous nous esclafferons d’un rire viscéral

Car c’est bon de s’aimer ! Quelle béatitude

Nous attend au sommet voilé de l’altitude

Dans un boudoir de sucre et de miel idéal ?

.

Quelle lune accueillante acceptera nos rires ?

Lorsque scintillera ton douloureux iris

Tu seras vide et, moi repu d’un clitoris

Exquisément le tien, nous serons deux sourires.

 

Nous serons, si tu veux frémir et frissonner,

Les seuls êtres heureux dans le carcan des nues

Qui n’a pas épargné les gorges maintenues

Immobiles ; les seuls à n’être prisonniers

.

Que de l’amour sauveur. Si tu viens, toi l’unique

Dont le visage me tourmente au fond du lit,

Avec moi, pour toujours, sur la jonque à demi

Penchant vers l’illusion, battre l’écume inique.

.

Fracture la serrure à l’angle mort du chien

Marital ! Aujourd’hui la chaîne se termine :

Disloquée ! Entre nous : ton corps, ton nom, ta mine ;

C’est l’asile de chair qui ne peut être sien !

.

C’est nous dorénavant, ce n’est pas lui ! Regarde

Les aurores semer la rosée et le vent

Sur le flanc des monts ; vois l’or fluide s’élevant

Vers la voûte, éclairant la multitude hagarde !

.

Et vois pourquoi je t’aime ! Et comme j’ai raison !

Allez, délaisse tout ; je t’insuffle la flamme

Que je brûle pour toi. Car tu serais ma femme

Que je t’aurais ouvert le plus vaste horizon.

VII : Regretter

Mais tu n’es pas, j’en pleure, à mon côté, sublime,

La fiancée… Aride emmêlement du sort !

Nous sommes séparés de la graine à la mort

Et rien ne nous rejoint de la plaine à la cime.

.

Quel ouvrier du ciel ébaucha le fossé

Entre les chemins où nos rêves disparurent ?

A cet effacement, dis, combien de murmures

Ont survécu, portant : « Car tu n’as pas osé »?

.

Nos pas d’autrefois ont égaré la conquête

Fatale du néant qu’on nomme l’abandon

Au bord de tout, quel âge a rompu notre don

En nous fouettant l’échine et nous courbant la tête ?

.

Quelle horreur sanctifiée assigna notre rang

A de telles douleurs, à de telles bassesses

Qu’en mâchant le refrain vide des politesses

Nous accomplissons, là, sagement, en mourant ?

.

C’est se dire, au matin, qu’on manque à notre place

Parmi les gens heureux et libres d’être égaux

Pour aller vers l’ennui qu’affectionnent les veaux,

Mirer comment le temps repasse quand il passe.

.

 Nous sommes affaiblis mais plus forts qu’au départ,

Stéphanie, et t’aimer c’est mon immense force,

Le seul fait de ta vie a déclenché l’amorce

Dont l’aboutissement brisera le retard !

VIII : Conclure.

Voici comment je t’aime ; ainsi que tous les livres

Qui nous parlent d’amour, ainsi que les chansons

Aux rimes saccadées et rares dont les sons

Conjuguent au divin l’animal et les cuivres.

.

Je t’aime plus, bien plus ! J’ai pour toi tous les mots,

Le vocable restreint ce n’est pas mon obstacle ;

Je ferme les rideaux car l’ultime spectacle

C’est le fond de tes yeux. Je ferme les rideaux.

© Leo Chabrier

__________

 Rappel :

 STEPHANIA REMEAT

 

Quin recessit…

 

On s’abîme… Au dessus de nous des oiseaux jasent…

L’ombre des ailes noie peut-être pour toujours

Nos rêves crus et nos cris dans l’eau de nos vases,

Étouffant nos deux cœurs dans le même velours…

.

L’orgue désaccordé tempête l’hallali

Au céleste Opéra. Tu l’entends… tu pâlis…

Notre grâce fêlée appelle à la brisure !

Pour se remémorer le plus sordide instant ;

.

L’instant trop cruel pour en prendre la mesure,

Il suffit d’un silence au détour, insistant.

Tu l’entends, tu pâlis. Je te jure à genoux

Que pour vivre ici-bas il faut être un peu fou.

.

Délivrés de coffret j’ai pour toi l’émeraude,

La terre pure, l’or, le sang et l’hélium :

Toutes les raretés que le monde et la fraude

Offrent ! Pour toi je meurs en plein Coliseum !

.

Il faut être un peu fou, voire totalement,

Car je suis fou de toi, c’est tout : éperdument.

© Leo Chabrier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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