Vincent [Népenthès N°4 / Mai 2012]

Posté le 6 juin 2012 par bernardlherbier dans Vincent

Vincent [Népenthès N°4 / Mai 2012] dans Vincent Vincent-198x300

Vincent, né en 1970, vit à Clermont Ferrand. Il a publié dans les revues Florilège, Charogne, Borborygmes ainsi que Traction-Brabant et il poste régulièrement sur son blog : http://mapoesieetpaslatienne.blogspot.com.

____________________

JETEZ VOS POEMES D’AMOUR ET GLISSEZ VOS PETITES
CULOTTES DANS L’ENVELOPPE

Mesdames

Mesdemoiselles

Portées ou non

Vous pouvez m’envoyer vos petites culottes

ou des fleurs,

ou des chocolats à la liqueur

Mais gardez vos poèmes d’amour

Si vous en avez,

 .

Et ne me parlez pas de tous ceux qui ont

Pris votre cœur pour le piétiner sans remords

Parfois en dansant dessus avec une autre,

Mais laissez moi vous parler de celle qui a pris

Mon cœur pour le piétiner sans remords car

j’aime bien parler de moi

.

Vous pouvez m’envoyer des photos de vous

Nues,

lascives

offertes,

Mais gardez vos lettres d’amour

(Ne me dites surtout pas que vous m’aimez)

 .

Vous pouvez venir ici réchauffer mon lit et

Mon corps usé

passer un peu de baume apaisant sur

Les brûlures de mon âme,

tenter de recoudre quelques

plaies

mais gardez vos mots d’amour, il est rare que le silence

mente

.

vous pouvez aussi me détester, pour ce que je suis ou pour

d’autres raisons,  comme il vous plaira

voyez-vous

.

Le cœur de la vie est un morceau de pierre froide où je suis

allongé,

transi et grelottant, à poil comme au premier

jour

Dieu me l’a mise bien profond et je n’ai pas encore joui

L’amour regarde ailleurs et c’est bien ainsi, je préfère qu’il joue

          avec vous ce matin,

          que le soleil se couche

          sur vos larmes plutôt que sur les miennes

____________________

COMME DE LA LAVE EN FUSION (POUR CELLE
DONT JE NE CONNAIS PAS LE PRENOM)

Je voudrais t’embarquer

dans une vieille décapotable

Et partir jusqu’à l’océan

- N’importe quel océan

ferait l’affaire –

.

On irait jusque-là

Et mes mauvais penchants

Me pousseraient à

.

          Relever ton t-shirt

          Lécher tes seins,

          Te prendre en photo

          Le regard lascif

          La poitrine à l’air

          Ton joli corps calé

          Contre une portière

          une jambe à moitié relevée

          telle une invitation

.

On baiserait au bord de la route

Pas loin de la plage

Sur le cuir des sièges

En plein jour

Avec des voitures

Qui passent autour

Puis on tracerait un peu

Plus loin

- n’importe quel un peu plus loin

ferait l’affaire –

.

On boirait de la vodka

.

Je

te dirais que je suis écrivain

Et que la vie me brûle,

.

TOI

Tu ferais semblant de me croire,

.

Tu dirais :

          J’aime quand tu me lèches

.

Et je noterais la réplique

Dans un coin de mon cerveau

Jusqu’à l’heure d’écrire

- n’importe quelle heure du jour ou nuit

         ferait l’affaire –

un poème ou une nouvelle

qui raconterait tes yeux noirs et feu

ta manière de baisser

délicatement

Les paupières pour masquer

La force de ton désir

chacun de tes baisers sur

ma peau nue

.

Nous serions comme de la lave

          en fusion

.

          Incontrôlables et Brûlants

.

Ce serait de la luxure

De l’amour fou

Une griffure sanglante au visage

De la morale

.

                    de quoi crier

          quand la vie voudrait qu’on se

                                                  taise

____________________

CRUCIFIER SON FUTUR SUR UNE PORTE DE METAL ET LE
REGARDER S’ETEINDRE JOUR APRES JOUR EN OUBLIANT SA COLERE

Nous étions dans les
usines

et pas un d’entre nous

n’espérait s’en sortir

.

c’était ainsi,

les 3/8 prenaient

nos vies

et nos âmes

.

lentement

.

on enchaînait

les heures

on répétait

les mêmes mouvements

et tout ce qui était

nous

s’enfuyait par chaque

pore

de nos peaux salies

.

les usines nous bouffaient

la vie nous bouffait

.

nous savions qu’il

existait quelque chose

de mieux

une vraie vie

avec des jolies filles

du champagne

des voitures de rêve

de grandes maisons avec de grandes

piscines bleues

mais ce n’était pas pour nous

.

Les usines nous avaient pris

.

nous avions merdé

et nous ne savions pas où

Notre avenir était cloué

sur la porte de l’entrepôt

et il ne gémissait plus

.

Nous savions qu’ailleurs

des jolies filles plongeaient

leurs corps parfaits

et

leurs visages parfaits

dans les piscines bleues

de grandes maisons

tandis que des garçons aux dents

blanches leur souriaient

en pensant

          « tout à l’heure je vais baiser

          ce cul parfait »

.

Ceux-ci et celles-là

ne mettraient jamais

une seule de leurs

chaussures vernies dans

les usines

et nous pensions tous

qu’ils n’avaient pas d’âmes

et le Diable s’amusait

à brûler les nôtres

.

nous étions sonnés,

frappés au menton

par l’existence,

étalés

sur les sols en béton gris

des usines

aux murs de métal

.

nous avions cessé de croire

que les derniers seraient les

premiers

nous avions cessé de croire

au Paradis

mais nous connaissions

l’enfer

dans ses moindres recoins

          – du vestiaire à la salle de pause -

.

Parfois le chef passait

et nous le haïssions

car il avait été comme nous

mais il devenait comme eux

.

Dès qu’on pouvait, on sortait

fumer une clope  et au loin

se dressaient les montagnes

et de vertes collines

.

On les regardait et elles

nous appelaient

mais

pas un seul d’entre nous n’a jamais

eu l’idée de se mettre à courir

          s’enfuir jusque-là et enfin

                    respirer

 © Vincent

 

 

4 Commentaires le “Vincent [Népenthès N°4 / Mai 2012]”

  1. bernardlherbier

    « Ce type a lu Bukowski et il évite les pièges en restant très très proche de Buk » (Christophe Esnault).

    « Très cinématographique (du bon cinéma) » : Bernard J. Lherbier

    Dernière publication sur Maudits : Paul Vincensini (1930~1985)

  2. vincent

    Merci

  3. Rose-Marie

    Bonjour,
    J’apprécie votre manière d’écrire. Particulièrement touchée par CRUCIFIER SON FUTUR SUR UNE PORTE DE METAL ET LE
    REGARDER S’ETEINDRE JOUR APRES JOUR EN OUBLIANT SA COLERE, et pour cause : ma famille était ouvrière et je connais bien l’usine.
    L’écriture m’en a probablement sauvée.
    Merci pour vos textes, cordialement,
    Rose-Marie M.

  4. Vincent

    Merci pour vos mots.
    je suis toujours très surpris que quelqu’un puisse lire et apprécier ce que j’écris, tant c’est centré sur ma petite personne. Aussi, c’est toujours pour moi de l’or en barre que de lire des choses telles celles postées ici.
    Amitiés

    Vincent

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