Vincent (n°2) [Népenthès N°6 / Décembre 2012]

Posté le 24 janvier 2013 par bernardlherbier dans Vincent

Vincent (n°2) [Népenthès N°6 / Décembre 2012] dans Vincent img1-300x239

Vincent, né en 1970, vit à Clermont-Ferrand. Il a publié dans les revues Florilège, Charogne, Borborygmes ainsi que Traction-Brabant et Népenthès (N°4). Il est l’auteur d’un recueil : « Crucifier son futur… » paru chez Peigneurs de comètes, 2012.

Blog : http://mapoesieetpaslatienne.blogspot.com  

__________

 La nuit dernière, l’éphémère victoire

.

C’était un round amical mais

– ce sont des choses qui arrivent parfois –

j’ai fini dans la salle des urgences

avec le nez cassé (et l’âme toujours aussi brisée)

 .

sur les murs du blanc et du gris, un peu de bleu pâle sur les portes

autour de moi des gens tristes avec leurs souffrances tenues à bout de bras

et je songeais à tous ceux venus ici rendre

leur dernier souffle,

la liberté à leurs âmes

 .

(la fin n’est jamais aussi douce que le chant du rossignol quand se couche le soleil)

 .

je ressentais la tristesse de ces murs qui jour après jour absorbent en leur sein

toute la douleur et la folie des humains

 .

(les fous, les alcoolos, les blessés et les mourants, tous vont

hurler là-bas, les lits blancs boivent le sang et la faucheuse choisit en sifflotant)

Je suis reparti avec une ordonnance et un numéro où montrer mon nez enflé avant cinq jours. Lorsque je l’ai rallumé mon téléphone a sonné et la fille de 21 ans a dit, « viens, viens je veux te voir, je suis à ce bar, viens je t’attends » et je savais bien que je ne coucherais pas avec mais j’ai laissé derrière moi les agonisants et les tourments car mon heure viendrait bien assez tôt et j’ai rejoint son sourire…

 .

…telle est l’éphémère victoire de la vie sur la mort

 __________

 Je me demande souvent si Jésus a léché son sang avant que le miracle de la résurrection ne referme ses plaies

 .

Le matin je reçois un mail qui déclare

en substance que ce que j’écris

est vide de sens et vulgaire, et

je ne sais quoi répondre

ma vie EST vide de sens et vulgaire,

mais c’est bien

tourné et respectueux et je suis pour

la libre opinion et la franchise tout

comme je me fous de ce qu’on pense

de moi et puis

dans l’après-midi

je reçois un autre courrier d’une autre

personne qui me dit que je lui ai

fait penser à Bukowski et Brautigan

mais que je semble avoir ma propre voix

et « nous voudrions publier trois de vos poèmes »

alors comme tous les types imbus de leur soi-même

j’ai une légère érection à la deuxième lecture

car je ne me fous pas TOUJOURS de ce

qu’on pense

de moi

et je décide que l’auteur de ces mots sera

forcément mon AMI

 .

le soir, je sors me soûler avec deux copines

de 21 ans et on boit vraiment

trop et tous les types autour sont

très énervés car elles sont jeunes et belles

et moi vieux et fou mais je ne comprends

pas leur jalousie

car je ne couche avec aucune des deux,

il y en a même une que je considère comme ma fille

d’ailleurs sa mère qui est russe, m’a dit un jour

« Vince, tu es comme mon frère mais tu es un enfoiré avec

les femmes, alors si tu touches

à ma fille, je t’égorge »

du coup je ne touche pas à sa fille car il ne faut jamais

contrarier une russe souviens-t-en,

 .

plus tard

dans la nuit l’une part avec un de ceux

dont elle est amoureuse

l’autre met un casque sur les oreilles

et rentre chez elle en écoutant de la musique

 .

et moi avec un pote ou deux on achète du poulet

et des frites qu’on mange dans la rue et le froid

de l’hiver

dans deux jours c‘est Noël et une fille aux yeux

verts comme la prairie où l’on voudrait s’allonger

et regarder le soleil sans cligner des yeux

passe et elle me demande mon prénom

et je devrais lui crier je suis Brautigan je suis BUKOWSKI

mais je dis « tu veux le vrai ? » et elle me regarde

surprise,

« ouais c’est mieux »

et je vois qu’elle pense

que je suis fou mais je sais où la trouver

ce soir et je rentre chez moi et je dors et lorsque

je me réveille ma bouche est plus sèche que celle que j’ai

tant aimé quand elle pense encore à moi

et ma tête

me fait plus mal que mon cœur mort je suis encore

soûl et je pense à ces yeux verts

j’ai mal au crâne

et je pense à ces yeux verts,

et je me lève, je vais pisser, et je bois de l’eau

de l’eau, de l’eau, de l’eau, de l’eau et de l’eau de l’eau de l’eau

et je pense à ces yeux verts

et je fais oh oh oh, bientôt Noël, tu sais ce qu’il

se passe quand tu es comme ça,

prend un billet d’avion et pars loin de ces yeux verts

mais je pense à ces yeux verts

et je ne devrais pas,

.

dans aucune de mes morts je n’ai trouvé une once de beauté

le sang coule des arbres

le sang coule du vent

mon âme a déjà brûlé

j’ai aimé trop peu de fois, mais assez pour mourir

un million de nuits

 __________

Poème pour une boxeuse (laisse ta main dans la mienne)

 .

Deux yeux verts perchés sur un 1m53 de chair brûlante disent

 .

J’étais un bébé mort-né de cinq mois

Mais j’ai survécu,

Et depuis, je ne fais que ça,

survivre

J’ai eu deux cancers

et là ils me font un traitement

préventif

de peur que ce ne soit

de retour,

mais je n’ai plus envie de

me battre, je veux juste

baisser les bras, m’endormir

et ne pas me réveiller,

c’est chiant d’être forte

la nuit quand je suis toute seule,

je craque, merde, j’ai même pas

30 piges

 .

Deux yeux verts noyés dans 1m80 de vodka répondent

Tu ne vas pas baisser les bras,

Sinon je vais botter ton cul jusqu’à ce que ton

Trou vienne embrasser tes lèvres

 .

Elle laisse échapper un rire, mais mes mots n’arrêtent ni

Les cancers ni les guerres, la pluie aura toujours un don

pour tuer le soleil et tous les deux, nous savons bien que

Dieu est un menteur

 __________

Je comprends parfaitement que tu n’accroches pas à mon univers (lettre à une éditrice de passage par ici)

 .

 Ma petite chérie,

 .

je ne crois pas que je vais enfiler un beau costume

Pour venir poser ici des mots que tu aimerais lire

ni même changer mon style ou ma manière

de penser

 .

Sois sûre que je ne correspondrai jamais à tes critères,

pas plus que ma gueule cassée ne révolutionne les canons de

beauté

 .

il est évident que je vais continuer à gratter mes couilles à table

à péter au lit

à hurler la nuit,

à boire de la vodka

à bander en pensant aux seins de la serveuse du dernier bar où j’ai atterri

à me branler en imaginant sa jolie bouche sur ma queue

 .

le tout en saignant dans mon coin,

comme un clébard se lèche les plaies, planqué sous un rocher

 .

Et si l’idée te venait de prendre un revolver pour effacer de la planète,

ma tronche pourrie,

mon gros bide,

ma calvitie,

juste pour être sûre que plus aucun de mes mauvais et malsains poèmes ne vienne

ternir ton univers, déranger ta vision du monde, je ne

pourrais que t’encourager et te conseiller de ne pas

hésiter

 .

mais comprends bien que si tu es plutôt mignonne,

 .

bien roulée,

avec des cheveux longs,

une jupe au-dessus du genou,

des hauts talons, ou mieux, des bottes

en cuir noir,

 .

nul doute que pour la beauté du geste

la poésie de l’instant

je tenterai bien évidemment de coucher avec toi avant

que ton doigt colérique n’appuie sur la gâchette de mon

foutu destin

 .

Bien à toi

 .

Vincent

__________ 

Et j’ai le doigt sur la gâchette

 .

J’ai encore

Traîné dans trop

De verres de Vodka

La nuit dernière

Et lorsque j’ouvre

Les yeux

Un million d’aiguilles

Glacées

Transpercent mon

Crâne et crucifient

Mon cerveau

 .

Les souvenirs sont comme

des cadavres flottants à

La surface d’un lac de

pétrole

 .

Devant la glace,

Mon regard injecté

De sang,

La calvitie qui avance

Mon gros ventre de

Quadragénaire

Mon cœur exsangue

D’Amour,

 .

Dans le temps

J’étais comme un boxeur

Je bougeais vite et je

Frappais fort et précis,

Mais je suis devenu

Trop lourd et trop lent

 .

Quand on en est là,

Il faut savoir encaisser

 .

J’aurais dû rentrer et

Écrire,

clouer mon âme

Sur le papier jusqu’à

Ce qu’elle rende son dernier

Souffle

 .

J’aurais dû en trouver

Une à qui dire je t’aime

Et laisser ses bras me

Tenir loin de mes démons

Et de leurs danses

 .

J’aurais dû allonger mon

Corps et laisser

S’apaiser ma respiration

 .

mais…

 .

Je suis un flingue

Posé sur ma tempe

Et j’ai le doigt

Sur la gâchette

 __________

Des clous rouillés plantés au cœur de mon âme folle

Encore à me taper la tête

Contre

Les murs

La solitude

C’est un pain de cyanure

à déguster lentement

 .

J’ai fait une erreur dans le temps

Dis-je aux déesses

Cette brune avec un bonnet B,

1 mètre 68 de chair brûlante

 .

Elle me tenait par le cœur

Et les couilles

Avec sa beauté et sa jolie chatte,

sa manière de ne jamais hurler

quand je rentrais tard

les fois où elle pleurait de

bonheur dans mes bras

Les nuits entières à baiser

Et ses cris d’AMOUR

 .

On ne devrait jamais aimer

Comme j’ai pu aimer

 .

Le vide…

Après la perte

Après la douleur

Tout cet espace

sans vie…

 .

C’est tout ce qui reste

Une fois qu’on a réussi

à tuer ses larmes et son cœur

à coup de vodka, de temps,

De petit culs serrés

 .

Putain

Je me demande bien pourquoi

Je ne peux pas tomber amoureux

De la première qui passe

 .

J’en connais des comme ça

qui succombent dès qu’une bouche

s’entrouvre sur une langue

agile

C’est alors plus facile pour oublier

 .

Mais moi non

 .

Ça ne marche pas comme ça,

 .

La pluie ne lave pas mes plaies

et

je dois continuer aussi seul

que Jésus sur le chemin du

Golgotha

sous les cris de la foule

Noyé dans un million

De souffrances

 .

ET

 .

Chacun de mes poèmes

Est un clou rouillé

Que je retire de la croix où

agonisent mon âme et

sa folie

__________

Tous textes : © Vincent 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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